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Arrière-pays

Arrière-pays

Iruya

Jours trois cent dix-huit à trois cent vingt-deux. On quitte la “Panamericana” pour tirer à droite sur une petite route de terre défoncée et poussiéreuse. Un plateau aride et légèrement vallonné sur lequel on zigzague entre les ornières des camions et les gros cailloux, en serrant les fesses pour ne rien casser sur notre VW Gol de location. A Hipolito Irigoyen, un gosse se propose moyennant finance de nous guider pour passer un gué un brin compliqué. Nous passerons sans encombres et il repartira avec quelques monnaies en poche.

Le chemin se fait de plus en plus difficile. Une longue montée, en première vitesse. De nombreux passages de torrents, une route par moment boueuse où tout arrêt est interdit. On roule fenêtres ouvertes et chauffage à fond pour évacuer la chaleur du moteur.

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Quatre mille mètres d’altitude, “Abra del Condor”, le col, enfin. Nous n’aurons croisé aucun véhicule durant toute la grimpette. Pause, radiateur au vent et capot ouvert.

Nous nous approchons intrigués d’un tas de pierre encombrés de déchets en tout genre. Briques de vin rouge, paquets de biscuits, cigarettes, bouteilles de bière, fleurs séchées qui sont autant d’offrandes à une vierge au sourire énigmatique, peinte maladroitement sur un rocher.

Du haut de notre crête, nous admirons les lacets de terre qui plongent dans la “Quebrada de Iruya”. Au loin, nous distinguons le nuage de poussière soulevé par une petite voiture. Dans la descente, nous nous arrêtons pour discuter avec ses passagers. C’est ainsi que nous faisons la connaissance d’un couple de suisses (de Villars) perdu comme nous dans les montagnes argentines !

Après avoir passablement raclé notre châssis lors de trop nombreux passages de ruisseaux, nous arrivons enfin à Iruja. Soixante-six kilomètres de ballade pour quatre heures de conduite un peu limite avec une bagnole aussi basse que la nôtre.

Iruya. Un village accroché à sa montagne et encerclé par de violents torrents. Une place devant l’église ou quelques vieillards discutent en chassant les clébards avec des gestes lents. Des ruelles étroites et pavées de pierres glissantes. Nous nous dégottons une pension dépeuplée et tenue par une grand-mère bienveillante.

Le lendemain, nous décidons de rejoindre le hameau de San Isidro à trois heures et demie de marche plus au nord. Un vétuste cabot nous prend en sympathie et se jure de nous accompagner dans notre vadrouille malgré une vilaine blessure à la patte qui la fait claudiquer (c’est une dame) méchamment.

La seule voie d’accès à San Isidro et le lit de la rivière. L’unique route a été emportée il y a bien longtemps par les intempéries embarquant dans sa chute la ligne électrique et le téléphone. La population emprunte donc chaque jour ce chemin caillouteux pour se rendre à l’école, chez le médecin ou faire ses courses. Les plus âgés se faisant aider par un âne, les plus fougueux à dos de cheval. Notre animal de compagnie d’un jour n’en peu plus. La langue tirée, la chienne se couche à chaque zone d’ombre, nous suppliant du regard de faire demi-tour. Gâteux, nous lui filons notre quatre heures.

Le sentier s’engage sur les flancs du rio, contournant des à-pics vertigineux. Nous dérangeons des bandes de bourricots qui broutent tranquillement sous les eucalyptus. Nous arrivons à San Isidro vers midi et nous arrêtons pour boire un verre dans un troquet improvisé. Le patron du lieu semble tout content d’avoir de la visite et nous sort son album photo. Il se met à nous commenter les scènes de carnaval, la montée du bétail à “l’alpages”, les ballades sur les sommets. Tout y passe. Nous goûtons à quelques abricots un peu vert et jetons un oeil à la blessure de notre toutou. La plaie s’est ouverte et saigne légèrement. L’animal nous regarde avec un air un peu triste. Séniles, nous lui cédons nos derniers biscuits.

A l’heure du départ, nous regrettons de ne pas avoir apporté nos sacs de couchage. Nous aurions bien passé la nuit dans ce petit village de trois cent âmes, complètement coupé du monde.

De retour à l’auberge d’Iruya, nous tentons de désinfecter la blessure de notre pataud. A l’approche de la Betadine, le bâtard effrayé grogne et s’enfuit en clopinant. Merci pour la ballade !

Un peu échaudés par la casse kirghize de notre joint de culasse et alertés par une tache suspecte sous le moteur de la Gol, nous guignons sous son capot. Bonne idée ! Le vase d’expansion était vide. Nous rajoutons donc deux litres d’eau dans la machine et la déplaçons à la main de quelques mètres pour voir si la trace réapparaît.

Le lendemain, nous constatons que la voiture ne perd pas de flotte. Nous nous mettons en route. À la sortie du village, une déviation nous fait emprunter le fond du cours d’eau. La Gol ramasse du gravier à la pelle. Quatre heures plus tard, nous retrouvons avec joie le bitume de la panaméricaine qui nous reconduit jusqu’à El Carmen où nous avions réservés une chambre dans notre pension adorée.

Nous retrouvons ainsi le monde “civilisé” et sa télévision, TV5 Monde, Julien Lepers et le téléjournal suisse. Etrange. Les meilleurs représentants de la culture francophone sur les réseaux câblés sud-américains sont “Questions pour un champion” et “Les Chiffres et les Lettres”.

Le matin, nos hôtes nous offrent un petit-déjeuner gargantuesque ainsi qu’une petite bouteille remplie de sable d’Ambra Pampa en guise de cadeau d’adieu.

A midi, nous retrouvons Salta et sa grisaille. Nous rejoignons l’agence de location de voiture en évitant les flaques pour ne pas salir une Gol fraîchement nettoyée.

Dernière soirée en Argentine. Nous la passons au restaurant, goûtant une ultime fois aux délices des ses viandes et de ses vins.

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