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Bordertown

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Encarnacion

Jour trois cent neuf. Posadas, ville frontière. L’énorme pont “San Roque Gonzalez de Santa Cruz” traverse le rio Parana reliant ainsi la capitale de la Province de Missiones à la ville d’Encarnacion au Paraguay. Trafics et magouilles. Des dizaines de motocyclettes traversent la rivière à longueur de journée acheminant ainsi des cigarettes de contrebande, boîte par boîte en argentine.

Le Paraguay est après la Bolivie le pays le plus pauvre du continent. Des guerres à répétition suivies de trente-cinq années de dictature militaires talonnées par des dizaines de gouvernements corrompus ne lui ont jamais permis de sortir la tête de la fange. Les élections qui s’annoncent voient un ancien président de droite (ex-bagnard et vrai voleur) affronter un candidat de gauche (ex-évêque et vrai socialiste). Le pays va-t-il suivre la voie ouverte par les Lula, Chavez et autres Morales ?

Sur l’autre rive, Ana-Maria nous promène dans le quartier du marché. Des centaines d’échoppes bazardent tout et rien, du vrai et beaucoup de faux à des prix défiants toute concurrence. De l’iPhone désimlocké (un truc de geeks) au service à maté en cuir (un truc de beauf), des chaussettes de tennis en six-packs à l’écran plasma tout est à vendre dans ce fourbi aux couleurs et ambiances très orientales.

C’est ici que les argentins venaient faire leurs emplettes avant le marasme économique de 2001. L’après 11 septembre est très mal vécu. Les capitaux fuient le pays à tout berzingue ce qui précipite le système bancaire dans une grave crise. Afin d’éviter le chaos, le ministre de l’économie de l’époque limite les retraits d’argent à 250 pesos par semaine pour empêcher la population de changer toute sa monnaie en dollars. Cela provoque le courroux de la classe moyenne qui est ruinée par la très forte inflation. Grève générale, manifestations et répressions policière. Près de trente personnes y laisseront leur vie. En dix jours, quatre présidents se succèdent au pouvoir et le gouvernement se déclare en état de cessation de paiement. Le système de parité entre le peso argentin et le dollar ricain est abrogé. Sept ans après ces évènements, l’émotion est encore forte dans la population et la situation commence tout juste à s’améliorer.

Le temps de tamponner notre passeport et nous revoici en Argentine. On discute trafics et malversations. La rumeur circule dans la région que la principale compagnie de bus (dirigée par un trio de politiciens argentin, brésilien et paraguayen) serait le plus gros convoyeur de drogue entre les trois pays. Les bus jaunes et bleus possèdent même un terminal privé, à l’extérieur de la ville de Posadas, bien à l’écart des contrôles de la flicaille.

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