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Martina et la grande aventure du dehors

Martina et la grande aventure du dehors

Massif du Fitzroy - Argentine

Jour deux cent nonante. Le sentier ondule à travers l’ancien lit de la rivière creusant une ornière poussiéreuse entre les massifs de lengas. C’est alors qu’ils sortent du bosquet à la queue-leu-leu. Nous nous arrêtons sur le bas côté pour les laisser passer. Le guide tout d’abord nous salue d’un « hola » machinal et très argentin. Appelons-le Esteban si vous le voulez bien.

Esteban
Chemise à carreaux retroussée jusqu’aux manches, la petite quarantaine, teint mat et des lunettes de soleil d’un autre âge derrière lesquelles on devine un regard perçant. Son sac à dos semble plus volumineux que celui du reste de l’équipe.

Esteban est inquiet. Son patron va gueuler. C’est qu’il a esquinté la portière droite du Defender contre une branche de coigüe. Le slogan de l’agence a morflé. Les belles lettres jaune sur fond blanc sont désormais à peine lisibles. « Patagonia – Discover a world of adventure » qu’ils avaient écrit. Tu parles.

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Esteban accélère le pas. Il a hâte d’arriver à la « Estacion del Condor ». Ce sera la fin de cette semaine de randonnée. Bien sûr, il faudra qu’il passe sa soirée avec le groupe. Rigoler évasivement à leurs plaisanteries, trinquer, échanger les adresses, leur dire qu’ils ont bien marché et tout et tout… Mais il sait aussi qu’Alberto viendra mettre l’ambiance avec son béret, sa guitare et ses allures de gaucho. Et son « cordero à la parilla » sera forcément succulent.

Esteban force l’allure. Son sac est plus léger sans cette putain de bouteille et les chorizos qu’il trimbalait depuis le départ. « Esteban ! Il faut qu’ils enjoyent la Patagonian hospitality ! » lui avait-dit le boss. Il leur avait donc fait la surprise de la topette et du sauciflard au sommet du dernier col. Déjà qu’il se trimbale les déchets de toute la clique. C’est aussi ça l’éco-tourisme.

Klaus
Klaus, le suit à quelques encablures. Il nous murmure un « hello » en souffletant, les mains crispées sur le boîtier de son appareil photo qui tapote dans un incessant va et vient sur son torse. La sangle du Nikon lui scie le cou. Peut-être n’était-ce pas une si bonne idée que d’emmener avec lui son quatre cent millimètres. Cinq kilos d’optiques à porter pendant sept jours. Tout cela pour un gros plan de lama pris depuis la jeep. Et en plus on l’avait corrigé. « Ce n’est pas un lama c’est un guanaco » lui avait dit Martina.

Klaus est préoccupé. Voilà bientôt une semaine qu’il n’a pas pu vérifier le cours de ces actions UBS. Cette randonnée tombe vraiment au pire moment. Mais, il l’avait bookée depuis des mois. Et qui aurait pu prédire de si mauvais résultats pour une banque suisse. Klaus est maudit. Il y a quelques années, il avait déjà perdu un paquet de pognon lors d’un safari au Kenya. Les avions suisses étaient cloués au sol et le titre de Swissair se cassait la gueule. Bon, il s’absentera pendant le repas du soir ou pendant le spectacle de danse folklorique pour profiter de la connexion satellitaire de l’Estancia.

Klaus a les jambes un peu molles. Le coup de rouge bu au sommet, ou peut-être les quatre tablettes de Micropur qu’il a balancé dans sa gourde par précaution.

Inge, Hans, et Sonia
Le reste de la troupe nous croisera sans un mot, le regard dans le vague.

Martina
Un raclement métallique nous incite à patienter encore un peu en bordure du sentier. Vous vous souvenez du bruit de vos bâtons de ski lorsqu’ils frottaient sur le carrelage glissant de votre HLM à touristes lors de vos dernières vacances de neige ?
C’est Martina qui pointe sa frêle silhouette au bout du chemin.

Martina est agacée. Elle ne pensait pas que cette semaine de marche en Patagonie serait si difficile. « Sur les traces des gauchos, découvrez la pampa et les pics les plus majestueux de l’hémisphère sud » avait-elle lu dans Femina. Elle pensait que son entrainement hebdomadaire de Nordic Walking sur les bords du Léman serait suffisant pour affronter les sentiers argentins. Au moins, avait-elle déjà les sticks.

Martina est soucieuse. Elle a oublié de dire au guide qu’elle était végétarienne et elle vient de s’apercevoir en relisant attentivement le programme du voyage qu’une soirée grillade était prévue le dernier soir dans la cour de l’Estancia. Elle avait eu de la peine avec le chorizo lors de la pause sur les hauteurs du défilé. L’estomac en patraque, elle avait dû s’arrêter à l’improviste à côté d’un torrent pour un besoin pressant. En oubliant dans sa précipitation que l’on ne défèque pas à proximité d’un cours d’eau où le reste des randonneurs vient s’abreuver. Elle avait également omis de reprendre son PQ avec elle, mais elle avait une excuse, c’est le guide qui portait la poubelle. Et puis le papier recyclé doit mettre moins de temps à se bio-dégrader n’est-ce-pas ?

Martina est énervée. Elle a du retard sur le reste de l’équipe. Personne ne l’attend. Elle a trop chaud, ses jambes sont lourdes et ses alpenstock de titane la gênent dans les fourrés.

Martina s’arrête à notre hauteur, toute rouge et dégoulinante. « C’est triste ce que vous faites » nous dit-elle.
On se regarde interloqués. « Pardon ? »
« C’est triste ce que vous faites, marcher comme cela en dehors du sentier, vous piétinez la flore ! »

Les gnous
Nous reprenons notre chemin sans voix. Parfois, il y a vraiment des coups de bâtons qui se perdent.

    1 commentaire

  1. Hello les Super Gnous,
    J’ai bien reçu votre message le temps passe très vite et c’est à peine croyable tout ce que vous avez fait et vu et les images… vraiment vous n’êtes pas du tout des novices en photographie et du fait je n’ai pas grand chose à vous enseigner mais ce sera avec beaucoup de plaisir que je vous verrais quand vous aurez le temps après votre retour en Suisse, entendre vos impressions et vos projets futurs(c’est fou à peine revenus et déjà prêts à repartir!).
    Bien à vous, le très sédentaire Silvano.

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